Lecture commune : Les coulisses du livre jeunesse

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L’an dernier est sorti un drôle de petit album, signé Gilles Bachelet, édité par l’atelier du poisson soluble.
On y rencontre les personnages emblématiques de la littérature jeunesse qui, comme des stars de cinéma, nous font découvrir l’envers du décor. Les passionnées que nous sommes ne pouvaient pas passer à coté de cet album qui semblait fait pour nous. D’autant qu’il est drôle, impertinent et  bourré de clins d’œil auxquels nous sommes particulièrement sensibles.

Nous avons eu envie de partager avec vous nos réactions face à cet album hors du commun. Et, puisqu’après tout il s’adresse aux enfants, nous les avons fait participer aussi. Voilà donc les réponses d’Alice, ses enfants Mathilde (15 ans), Maxime (13 ans), Céline, Pépita, ses filles, H (16 ans) et F (14 ans), Solectrice, ses lutines Lucie (13 ans) et Adèle (11 ans), Sophie, Carole et Bouma. De cette liste de participants, on tirera déjà une première conclusion : ce livre réunit les (pré)ados et leurs parents et ça, c’est déjà chouette.

– Quelle est la page du livre qui vous a le plus fait rire?

Mathilde : Le bureau des objets trouvés
Max : Le bureau des objets trouvés
Alice : La page de titre ( une mise en bouche d’entrée de jeu )

Céline: La signature du contrat (j’aime bien l’humour un peu noir)les-coulisses-signature

H : le service de chirurgie esthétique
F : rien !
Pépita : j’en ai plusieurs mais la visite médicale.

Adèle : le parking

Lucie : l’élevage de lapins

Solectrice : les douches

Sophie: J’aime bien le passage chez l’allergologue. Déjà les allergies ça me parle assez bien et puis j’ai adoré l’air très perplexe du médecin face au chien bleu qui a un regard au contraire totalement blasé !

Carole: Le maquillage de Pomelo et leur éternelle histoire d’amour avec Benjamin Chaud :coeur:

Bouma: Le bureau de validation du pipi caca. Parce que je suis toujours preneuse d’un peu d’humour scato et que la petite taupe a vraiment l’air d’une boss qui dirige son entreprise d’une main de maître !

-Quelle est la page qui vous a fait vous exprimer « ah, il a osé! »

Mathilde : Les toilettes
Maxime : L’accès handicapé
Alice : Le parking ( mettre Oui Oui à côté d’incontournable de littérature jeunesse Rha la lala)

Céline: Heu… c’est pas vraiment ce que je me suis dit. Les images qui me viennent pour cette question sont plutôt celles de La vérité sur les contes de fées de Benjamin Chaud ;)

Pépita et ses filles: C’est unanime : l’accès handicapésles-coulisses-acces-handicapes

Adèle : le bureau validation du pipi-caca

Lucie : le bureau validation du pipi-caca

Solectrice : l’accès handicapés (pour une créature qui fait rêver tant de petites filles, je trouve que c’est vraiment audacieux !)

Sophie: Sûrement la petite sirène en fauteuil roulant pour l’accès handicapé mais pas pour ça, pour le sein nu à peine caché par le bras de la demoiselle !

Carole: l’accès handicapé et le poisson arc-en-ciel frit par Bécassine ! gros fous-rires !

Bouma: Le psychanalyste. Parce que franchement quand je lis certains Ponti je me dis que je devrais peut-être y faire un tour : je ne comprends pas toujours tout !

-Quelle est votre page préférée?les-coulisses-psychanalise

Mathilde : Le bureau de validation du pipi-caca
Maxime : Le psychanalyste
Alice : Le bureau des objets trouvés

Céline: La signature du contrat … et la visite médicale !

Adèle : le service de chirurgie esthétique

Lucie : les douches

Solectrice : le bureau des objets trouvés (un joli pied-de-nez pour Charlie !)

Sophie: La signature du contrat  avec les trois brigands et le lapin de Béatrix Potter : quand on sait ce qu’est payé un auteur, on se dit que la réalité doit être assez proche de cette scène.

Carole: la signature du contrat, assez militant !

Bouma: L’élevage des lapins (détail). Je ne m’étais jamais rendu compte qu’il y avait autant de personnages de lapins en littérature jeunesse.

-Quelle page vous a donné envie de relire le livre au-quel elle fait allusion?

Mathilde : Les produits dérivés
Maxime : Le bureau de validation du pipi-cacales-coulisses-du-livre-jeunesse-vestiaire
Alice : Le bureau de validation du pipi-caca

Céline: Le psychanalyste pour relire les nombreuses aventures de Blaise, et L’accès handicapé pour La Petite sirène que je crois n’avoir jamais lu…

H : la stagiaire du vestiaire (pour le lapin d’Alice au pays des merveilles)
F : ne sait pas….
P : la cantine (ça fait bien longtemps que je n’ai pas mis du Gruffalo à mon menu de lecture)

Adèle : les douches avec Geronimo Stilton

Lucie : la stagiaire du vestiaire avec la Chenille qui fait des trous

Solectrice : les cuisines avec Bécassine (un grand classique que je n’ai pas beaucoup fréquenté)

Sophie: La stagiaire du vestiaire (18) avec la chenille qui fait des trous. Depuis, je l’ai relu avec mon fils et il est fan de l’application aussi !

Carole: les douches mais je ne lirai pas Géronimo Stilton pour autant faut pas abuser non plus hein ;-)

Bouma: Le pilon. On ne relit jamais assez Max et les Maximonstres :]

-Quelle est la page dont vous ne connaissiez pas la référence? les-coulisses-du-livre-jeunesse-douches

Mathilde : La cantine
Maxime : Le maquillage
Alice : L’élevage des lapins ( je les connaissais pas tous)

Céline: Les douches !

H et F de Pépita : la signature du contrat (Note de Pépita: je vais leur apporter les trois brigands et Béatrix Potter !)
Pépita : comme Alice l’élevage de lapins

Adèle, Lucie et Solectrice : Pomelo (celui-ci nous a vraiment échappé)

Sophie: Dans l’élevage de lapins, je ne les aurais sûrement pas tous reconnus sans les noms des illustrateurs sous les clapiers.

Carole: aucune, en revanche j’ai désormais une belle dédicace avec un chat plus bête du monde qui dessine Oui-Oui ;-)

Bouma: La Cantine. Impossible de me rappeler d’où sort le lapin que le Gruffalo veut manger.

Finalement, si ce livre à fait l’unanimité parmi nous et nous à toutes bien fait rire, nous constatons que nous n’en avons pas toutes la même lecture, loin s’en faut ! Et vous, quelles sont les images qui font mouche pour vous ou vos enfants? N’hésitez pas à nous raconter en commentaire.

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur la genèse de ce livre, rendez-vous dans quelques jours pour une interview de Gilles Bachelet, avec un prime un dessin inédit qui complète à merveille cet album.

Lecture d’enfant #27 Esther et Mandragore, Une sorcière et son chat

esther_mandragore_1C’était dimanche matin. L’heure où j’écoute la radio d’une oreille, en mangeant une tartine d’une main, et où, éventuellement, je regarde facebook d’un œil. L’heure où je ne suis ni réveillée ni disponible en somme. Ma mouflette (dix ans), elle était en pleine forme. Réveillée depuis une bonne heure, elle avait déjà fini une tour de kaplas avec sa frangine, pris son p’tit dej et elle finissait tranquillement son nouveau roman. Autant dire que, contrairement au mien, son cerveau était déjà en marche. Elle a donc du répéter sa question plusieurs fois avant que ça n’atteigne les limbes de ma conscience. Moi, j’ai entendu ça:

– Mamaaaan, pourquoi tout radis roman en été féministe? Jkomprendpas.

-Hein?!?

-Maman! Pourquoi tu m’as dit que ce roman il était féministe? Je ne comprends pas?

Elle vient de tourner la dernière page d’Esther et Mandragore (Sophie Dieuaide, Marie-Pierre Oddoux, Talents hauts), que j’ai lu moi même quelques jours auparavant.

-Il me semble que je t’aie dit que c’était une maison d’édition féministe, plutôt, non?

Je sais pas, mais n’empêche, je ne comprends pas, c’est quoi une maison d’édition féministe? C’est quoi un livre féministe? Enfin, je veux dire, quand tu me montres des trucs féministes, comme par exemple un dessin qui dit que les filles sont pas des bon-point1poupées (bon point anti-sexistes des éditions « La ville brûle » pour ceux qui se demandaient) je reconnais, ça montre que c’est féministe, mais là, c’est une juste une histoire.

Juste une histoire? Ça ne t’as pas plût?

-Mais si, n’importe quoi, pourquoi ça ne me plairait pas, enfin, tu sais bien que j’aime les histoires! (c’est à peu près à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je ferme la tablette et que je lâche facebook, la conversation demandant de plus en plus d’attention). Non, ce que je veux comprendre c’est comment une histoire peut être féministe. Une histoire normale, une histoire dans laquelle y’a pas de question d’égalité entre les filles et les garçons, déjà y’a quasiment pas de garçon dans ce livre d’ailleurs.

-C’est-peut être ça justement? Montrer qu’une histoire peut se dérouler sans qu’il y ait UN héros…

-Ah? Bof, on le savait déjà, non?

-Je ne sais pas, toi qui lit énormément, tu en as lu beaucoup de livres où il n’y a pas un héros masculin?

-Hé bien, il y a Fifi brin d’acier, et puis Milie Plume… Gurty, mais bon, c’est pas pareil, c’est une chienne… Là j’ai pas d’autre idées.

-Tu as une idée du nombre de romans que tu as lu, dans ta vie?

-T’es folle, j’en lis parfois un par jour, depuis mes 7 ans, donc, ça fait 3 ans, je vais pas m’amuser à les compter. Disons, à vue de nez, que j’en ai lu beaucoup.

-Et sur tous ces livres là il n’y en a que 3 qui te viennent à l’idée où il n’y a pas de personnage principal masculin? Cherche bien.

-Verte! Et aussi la suite, Pomme!

-Ah, tiens, encore une histoire de sorcière…

-Oui, bon, et alors? C’est tous des romans féministes, ceux là? C’est ça, dès qu’il n’y a pas de mec, c’est féministe?

-Hé dis donc, surveille ton langage, tu n’est pas dans la cour de récré ici ma chérie. Et non, ce ne sont pas tous des romans féministes… Quoi que… Peut être qu’ils le sont en réalité… Ce n’est pas facile de définir un roman comme féministe, tu as raison…Milie plume, il me semble qu’il est quand même plus ou moins clairement destiné aux filles. Je pense qu’un roman qui a pour personnage principal une fille et qui sort dans une collection qui n’est pas marquée « fille », à une portée féministe… (au moment même où je prononce ces mots, je suis sidérée de les penser. Aurions nous régressé à ce point?)

-Tu rigole?

-…

-Tu veux que c’est pas juste normal qu’il y ait des romans avec des garçons et d’autres esther-mandragore-1-insideavec des filles comme héros?

-Disons que, statistiquement, il y a beaucoup plus de garçons, alors cet éditeur a voulu inverser un peu la tendance, il faut dire qu’il y a une idée reçue selon laquelle les petites filles peuvent s’identifier à un héros mais pas les petits garçons à une héroïne.

-T’es sérieuse, là? Si le livre est chouette, ils s’en fichent les garçons que ça soit une héroïne, non? Il faut juste leur proposer de le lire, et puis c’est tout.

Bonne idée ma chérie, alors, si on en parlait sur internet de ce livre, ça donnerait peut être envie à des garçons de le lire?

-Et à des filles aussi.

-Et à des filles aussi!

-Alors allons y, moi je te dis ce qui donne envie à des enfants (comme moi, garçons ou filles, tu vois ce que je veux dire) et toi tu le mets sur internet. Tu vas leur dire que c’est l’histoire d’une petite sorcière, une débutante de première année, qui est très curieuse. Tellement curieuse qu’elle a gagné un prix de curiosité  et que, grâce à lui, elle obtient le droit d’aller dans le monde des humains quand elle veut, avec son chat, Mandragore. Lui, il a un sale caractère mais on l’aime bien quand même. Après pour donner envie, il faut pas trop raconter, mais il faut dire que, même si elle est en première année elle semble très douée pour les potions parce qu’elle en réussit des très difficiles. Qu’elle a pas le droit de faire de la magie chez les humais mais qu’elle le fait quand même (et elle ne se fait pas prendre). Qu’elle peut faire apparaître des billets de banque dans sa poche (mais qu’elle n’en abuse pas). Et qu’elle est un peu… Fripouille? Pas très sage quoi… Impertinente, c’est ça, je la trouve impertinente, et ça, c’est chouette, parce que nous, les enfants, on a tous envie d’être un peu impertinents. Mais sans se faire gronder (elle se fait pas gronder, d’ailleurs, les adultes la laissent faire sa vie tranquille, c’est bien aussi ça)

-Ok, autre chose?

-Non, c’est tout, avec ça les gens, ils doivent pouvoir donner envie à leurs enfants esther-et-mandragore-d-amour-et-de-magie(garçons ou filles au cas où t’aurais pas compris) de le lire.

-Ok, j’ajoute juste que c’est un roman illustré, que c’est un style d’écriture fluide et accessible, que c’est préconisé pour les 8/12 ans mais qu’à mon avis, en lecture à voix haute on peut le proposer à des enfants plus jeunes.

-Moui, si tu veux. Ah, et dis qu’il y a des chats aussi, plein de chats, qui volent sans le vouloir et que c’est marrant à imaginer.

Donc voilà, si vous cherchez un livre à offrir à vos fils/filles/cousins/amis/voisins, du CP au CM2, n’hésitez pas, Esther et Mandragore vous tend les bras. D’ailleurs, le tome deux, Esther et Mandragore, d’amour et de magie, est sorti la semaine dernière, vous pouvez donc le trouver dans votre librairie préférée.

Nos coups de coeur de septembre

En plein air grâce au temps clément de cette fin d’été ou sous la couette pour les plus frileuses d’entre nous, nous avons encore beaucoup lu sous l’arbre ce mois-ci. Comme chaque premier lundi du mois, voici nos coups de cœur de septembre.

mamie-coton Chlop s’est prise de tendresse pour Mamie Coton. L’histoire toute en douceur d’une vieille dame qui cherche en vain le sommeil. Elle compte inlassablement les moutons mais ses pensées la rattrapent, il y a toujours une bonne raison de sortir du lit. Mais n’attendrait-elle pas quelque chose?

Retrouvez son avis.

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Céline – Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVREsse a été touchée par Le petit arbre Plume bien loin de chez lui de Pascale GRACIET aux éditions Le Ver à Soie.  L’histoire d’un petit arbre déraciné, au sens propre comme au sens figuré. Une histoire de résilience qui fait chaud au cœur.

Retrouvez son avis par ici..

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tu-ne-sais-rien

La collectionneuse de papillons s’est enivrée de l’histoire de Nicolas, des moindres secrets cachés par sa famille et de la quête qu’il doit entreprendre pour enfin choisir une direction à donner à son existence. Tu ne sais rien de l’amour de Mikaël Ollivier, un roman qui prendra votre cœur pour cible…

Son petit article par ici !

Ce roman, c’est aussi le coup de cœur de Solectrice. Un roman qui nous dévoile les bonheurs et les heurts d’un jeune homme amoureux et tourmenté. Un roman qui nous questionne aussi sur l’amour.

Son avis est à lire par ici

.berkAlice s’est laissée surprendre par la drôle d’histoire qui est arrivée à doudou à l’heure du bain. Un aventure humide, pleine de drôlerie et d’ingéniosité !

Retrouvez son avis ici

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Pépita s’est laissée envoûter par la plume de Xavier-Laurent Petit avec son roman « Le fils de l’Ursari » : un roman sensible et réaliste sur le fabuleux destin de Ciprian, fils d’un montreur d’ours. Une foule de sujets de société sont abordés en filigrane. Et ça donne envie de se mettre à jouer aux échecs…

Retrouvez son avis ici.

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Peut-être parce qu’elle a passé plusieurs soirées à décoller, poncer, peindre encore et encore avant de tout nettoyer dans ses toilettes, c’est Léon l’étron de Killoffer chez Thierry Magnier que Sophie a préféré ce mois-ci. Il faut dire que malgré la couverture larmoyante, l’humour noir de cet album a de quoi faire rire !

Retrouvez son avis ici.

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Voilà quelques lectures qui vous permettront de tenir jusqu’à nos coups de coeur du mois prochain !

Qu’est ce qui fait que ce livre est bon ?

C’est une bonne question, n’est ce pas? A la quelle nous n’avons pas la prétention d’apporter une réponse, mais que nous avons toujours plus ou moins en tête au moment de rédiger nos billets de blog. A l’ombre du grand arbre, on aime bien échanger sur le sujet, confronter nos points de vue. Et nous avons pensé que vous aimeriez profiter de notre réflexion, ce qui va donner lieu à une série de billets cet été.

Aujourd’hui, c’est moi qui ouvre le bal.
J’ai longuement hésité entre deux critères qui, à mes yeux, sont à l’origine de tous les autres. Le premier, c’est qu’un livre doit susciter des émotions. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un livre qui laisse indifférent.

Mais ce que j’ai finalement choisi de développer c’est le second. Un livre qui peut mettre en mouvement l’intelligence de l’enfant. Un livre qui fait penser. Qui, de ce fait, place le lecteur en position de sujet.

Bien entendu, écouter une histoire est toujours bon pour le développement psychologique des enfants. Mais il y a  certains albums qui favorisent particulièrement la réflexion. C’est généralement ce que je recherche dans les livres.

Ce qui se raconte, entre le texte et l’image

Le texte raconte quelque chose au lecteur. L’image aussi. L’histoire, naît entre les deux, dans leur rencontre.

Bien sûr, parfois, il y a redondance entre l’un et l’autre. Le texte nous raconte par exemple que petit ours met ses bottes et l’image confirme. Ainsi, l’auteur s’assure que l’enfant à bien compris. Des fois que ce pauvre enfant ait du mal avec des concepts aussi compliquées que « petit ours » ou « bottes », sait-on jamais. Mais il peut arriver que l’image complète et enrichisse ce que dit le texte. Par exemple, on peut voir à coté de petit ours sa petite soeur occupée à dessiner sur le mur. Le petit lecteur reçoit deux messages en même temps, il s’arrête sur l’un, l’autre ou les deux, il a déjà la possibilité de faire un choix.

Quand les auteurs font confiance aux lecteurs, ils laissent parfois l’image prendre en charge une partie du récit. Il est alors nécessaire de voir le livre pour comprendre ce qu’il se passe. C’est le cas par exemple dans cette illustration de l’album Mizu et Yoko de Laurie Cohen et Marjorie Béal, édité par la toute nouvelle maison Eliza

Muzu et yoko intérieurOn trouve de très nombreux albums qui vont ainsi montrer plus de choses qu’ils n’en disent: c’est en lisant l’image que l’enfant comprend ce qu’il se passe. Ca tombe bien, les enfants sont des lecteurs de l’image étonnamment performant (il faut dire que pendant que nos yeux se posent essentiellement sur le texte, eux ont le temps de balayer toute la page et parfois de s’attarder sur un détail qui nous a échappé)

Dans La vie domestique, Jean Bossard (Pastel) n’insiste pas sur la maladresse commise par Lütti, le petit garçon, il se contente de le montrer et les enfants ne s’y trompent pas.

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Et puis il y a le cas où l’image et le texte se contredisent totalement. Du grand n’importe quoi en somme. Mon exemple préféré c’est la série « Mon chat le plus bête du monde ». Parce que, avouez le, quand le texte nous parle d’un chat et que l’image nous montre ça:

on est bien obligé de se poser des questions. Je préfère largement les albums qui vont inciter l’enfant à se poser des questions à ceux qui lui donnent des réponses toutes faites.

J’ai lu cet album à de nombreux enfants, chacun à sa propre façon de réagir. Généralement, ils tendent à croire ce qu’ils voient, donc il ne fait pas de doute pour eux qu’il y a un truc qui cloche. Il y a ceux qui me corrigent poliment (« heu, tu t’es trompée, t’as dit chat… »), ceux qui pensent que je débloque mais qui n’osent pas me reprendre, ceux qui ont déjà passé ce cap et que ça fait franchement rire, ceux qui trouvent que non, vraiment, ce n’est pas sérieux, et qui ferment le livre. Dans cette multiplicité de réaction, chaque personnalité s’exprime.

L’élipse

Il y a ce qui est dit par le texte, par l’image, par leur rencontre, mais il y a aussi ce qui n’est tout bonnement pas dit dans le livre. Ce qui se joue pour les personnages juste au moment où on tourne la page. Le petit bout manquant qu’on va devoir deviner pour comprendre la suite.

L’album « moi grand, toi petit » ressemble au premier abord à un livre sur les contraires. Mais dans la succession de certaines pages, une petite histoire se tisse. Si chacune des doubles pages suivantes est déjà une petite scène de la vie quotidienne, c’est en les lisant à la suite l’une de l’autre que l’enfant comprend la succession des évènements. Il se raconte ce que personne ne lui a raconté. Il analyse le texte, les images, les met en relations, en tire une conclusion. Il pense

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Une fin ouverte

Un des meilleurs moyens de laisser l’enfant libre de son interprétation, c’est de laisser une fin ouverte, sans imposer la chute. Parfois d’ailleurs les enfants changent d’avis au fil des lectures (ou de leur humeur). Ainsi, certains jeunes lecteurs n’ont aucun doute sur l’attitude que va voir George le chien une fois que l’album est refermé. lls affirment que la poubelle sera épargnée ou au contraire qu’il ne va pas tarder à fouiller dedans. D’autres préfèrent laisser planer un doute: « on sait pas ». Je ne leur donne jamais mon point de vue mais à vous je peux le dire: je suis convaincue que le cabot ne résistera pas à la tentation.

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Ce ne sont là que quelques éléments de réponses à la grande question de la qualité des livres, vous en trouverez d’autres tous les lundis de l’été, qui exploreront les albums mais aussi les romans. Rendez vous donc lundi prochain, ,avec Pépita qui nous parlera des livres qu’on a envie de relire.

Nos coups de cœur du mois de juin

Allez, allez, nous y sommes presque, la dernière ligne droite avant les vacances est souvent la plus dure mais on y est presque, réjouissons nous ! Et si, comme nous, vous pensez déjà à faire vos bagages, n’oubliez pas d’y mettre des livres. Et pour les choisir, inspirez vous de nos derniers coups de cœur (cliquez sur les images pour lire les chroniques).

Chez Alice, c’est Jan de Claudine Desmarteau. Thierry Magnier, 2016.
La vie qui déraille, le réalisme social, une fugue, un road-trip enfantin… mais surtout une héroïne rageuse et libre qui ne se laisse pas abattre par la noirceur de la vie et qui nous en met plein les yeux !

Un coup de cœur partagé par Céline du Tiroir et par Pépita, qui salue une écriture étonnante, un personnage détonnant !

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Sophie quant à elle à choisi Yéti, Taï-Marc Le Thanh et Rébecca Dautremer
Gautier Languereau, 2015
Un gros coup de cœur pour ce superbe album sur cet animal légendaire qu’est le yéti. Le grand format, les superbes illustrations et le texte mystérieux et passionné font de ce livre une très belle aventure !

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Brouge petite princesse punkouma a longuement hésité avant de finalement choisir Rouge, petite princesse punk, scénario et dessins de Johan Troïanowski, Makaka éditions, 2015. Retrouvez dans cette bd pour la jeunesse, la tradition des contes mélangée à un univers graphique coloré et métaphorique particulièrement inspiré. Une belle trouvaille dans le paysage très lissé de la bande-dessinée contemporaine.

 

 

 

  IMG_3751la_vie_d__aventurier_bossard.jpgDe mon coté, j’ai aussi eu du mal à choisir, il y a eu beaucoup de beaux albums en librairie ce mois ci. J’ai arrêté mon choix sur La vie d’aventurier, Jean Bossard, Pastel, parce que c’est une histoire pleine de fraicheur, de légéreté, qui met de bonne humeur.

 

 

 

 

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Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqués ce mois ci?

Coups de coeur de mars 2016

Le printemps semble enfin décidé à pointer son nez, voilà qui fait du bien. Fini les lectures sous la couette ? Alors, place aux lectures en plein air. Et si vous vous demandez sur quel livre jeter votre dévolu, découvrez les coups de cœur de l’équipe du grand arbre pour ce mois de mars.

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Pour Alice, pas de doute, c’est Dysfonctionnelle / Axl Cendres. Sarbacane, 2016
Une monde à part, une belle tribu, un étonnant cocon… en mode résistance et espoir !

Collette quant à elle à reçu une sacré claque, avec Tout foutre en l’air, d’Antoine Dole.

tout foutre en l'air

Pour Solectrice, ce sera La Coloc’ de Jean-Philippe Blondel.
Partager son logement à 16 ans, c’est une aventure qui ne manque pas de piment, de découvertes et de partage.
Un roman qui nous invite dans le salon de ces adolescents… et on s’y sent bien. Et comme elle-même ne l’a pas chroniqué, elle vous propose de lire les billets de bouma, Alice et pépita.

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Céline, ce mois-ci, craque pour un duo de petits héros malins et rigolos : je vous présente June & Jo, une fillette tchatcheuse et son drôle de doudou. Ils se chicanent un peu, s’aiment énormément et ont des discussions à la façon des petits philosophes. C’est frais et ça promet : on attend les prochains avec impatience !
June & Jo- Les souvenirs, Séverine Vidal et Amélie Graux.

June&Jo

Dans le flacon, le choix a été rapide.  Il s’agit de Original, Max de Radiguès, collection Shampooing, éditions Delcourt. Une bédé en noir et blanc de 152 pages qui raconte l’enfer subi par Joe, un adolescent comme les autres, victime de harcèlement à l’école et sur les trajets. Un récit sobre qui prend aux tripes et dont le final pose question.

Pépita, après hésitations, s’est décidée pour Le festin de Citronnette Angélique Villeneuve et Delphine Renon, Sarbacane : Citronnette découvre l’amitié dans son jardin autour de bons repas partagés. Un album gourmand, ode à la vie et à l’ouverture à l’autre qui m’a touchée car il me rappelle de biens bons moments partagés autour d’un grand arbre…

Enfin Sophie à choisit Dans les poches Isabelle Simler Editions courtes et longues. Dans ce livre, on fait les poches des personnages de contes ! On essaye de deviner les personnages en fonction de ce que Isabelle Simler à imaginer trouver dans leur poche. Ça donne un bel inventaire et un bon moment de jeu…

Quant à moi, je suis heureuse de choisir Heu-reux, Christian Voltz, Rouergue, parce qu’il aborde une question sérieuse avec beaucoup d’humour et de fantaisie. 

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Et voilà !

Rendez-vous le mois prochain…

Ces livres qui font grandir les enfants

ces livres qui font grandir les enfantsD’abord édité en 2008, l’essai de Joëlle Turin, Ces livres qui font grandir les enfants  (Didier jeunesse, collection passeur d’histoire 20 €), a été réédité dans une version augmentée en 2012. L’auteure y explore les domaines évocateurs de la vie de l’enfant : ses jeux, ses peurs, ses grandes questions, ses relations avec les autres, le monde de ses sentiments et les pouvoirs de l’imagination. Les albums qui y sont présentés sont analysés finement à la lumière des observations de terrain faites par des professionnels de la lecture aux enfants.

Si cet ouvrage s’est rapidement imposé comme une référence pour les professionnels, il est également très accessible au grand public.

A l’ombre du grand abre, nous sommes nombreuses à le feuilleter régulièrement et toujours avec plaisir. Cela méritait bien une petite lecture commune.

Chlop: Un ouvrage théorique sur la littérature jeunesse, quelle drôle d’idée, mais à qui ce livre s’adresse-t-il d’après vous ?

Pépita: Trés bonne question ! À toute personne désireuse d’accompagner l’enfant vers et avec les livres. Le titre est déjà une belle invitation et la nouvelle couverture, avec ces personnages tout droits sortis de classiques de la littérature jeunesse, comme des fées penchées sur un berceau, je la trouve bien appropriée.

Sophie: C’est un livre pour tous les professionnels de la littérature jeunesse et en particulier pour ceux qui mettent en pratique avec les enfants. Il est aussi très intéressant pour ceux qui travaillent avec des enfants sans forcément être professionnels du livre

Colette: Je pense que cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui se passionnent pour la littérature de jeunesse, pas nécessairement des professionnels de l’enfance mais juste des lecteurs adultes qui trouvent tout leur intérêt entre les pages d’un album !

Carole: Effectivement, pour les professionnels mais aussi pour tous ceux qui s’intéressent à la littérature jeunesse, les curieux, les étudiants en formation, les parents pourquoi pas ? Personnellement je le feuillette régulièrement depuis longtemps, notamment pour y trouver des références et pour étayer un point de vue.
Ah, un livre de « spécialiste » alors, adapté aux passionnés, mais pour celui ou celle qui n’est pas dans le milieu, c’est lisible ? Ce n’est pas un peu élitiste, un bouquin qui ne parle que de livres pour enfants ?
Sophie: Je pense qu’à partir du moment où on connaît un peu ce domaine de la littérature jeunesse, on peut y trouver des choses intéressantes autour du développement de l’enfant par le livre. En tous cas, je l’ai trouvé assez accessible, avec beaucoup d’exemples donc plutôt concret.
Colette: Justement je ne le trouve pas du tout élitiste, la langue utilisée est très claire, il n’y a pas de jargon -contrairement à d’autres livres théoriques sur la littérature de jeunesse que je n’ai pas réussi à lire jusqu’au bout malgré mon engouement pour ce genre – et tous les thèmes abordés touchent à des questions qui concernent chaque humain.
Pépita: Oui, en effet, c’est le risque mais c’est toujours le risque de ce genre de livre de tomber dans cet écueil. Il n’y tombe pas complètement de par sa structure je trouve, proche des préoccupations des tout-petits. Et on peut le lire soit de façon linéaire ou en piochant dedans.
Colette: Oui Pépita c’est un aspect du livre que j’ai adoré : on peut picorer assez librement dedans ! Choisir un thème, choisir une analyse de livre en particulier, ce qui le rend encore plus accessible à un lecteur néophyte.
Carole: Idem, son organisation thématique le rend aussi ludique, le style est clair, et pas pompeux ni trop technique, et les exemples suffisamment nombreux pour que chacun s’y retrouve

Ok, alors maintenant qu’on sait que c’est un livre accessible, revenons au titre. Pépita soulignait qu’il était une belle invitation, mais encore ? Qu’est ce que ça nous inspire déjà ce titre avant même d’ouvrir le livre?

Colette: J’aime beaucoup ce titre car c’est un de mes leit motiv dans mon métier : LES LIVRES FONT GRANDIR LES ENFANTS !!! Les livres donnent du grain à moudre à chaque petit lecteur, ils les tirent vers le haut ! Le démonstratif utilisé dans le titre quant à lui nous annonce une liste de titres, ce qui pour le lecteur avide de lectures phares est un atout indéniable. Il y a un côté prescriptif dans le titre qui n’est pas pour me déplaire, j’aime beaucoup suivre les traces de lecteurs plus expérimentés que moi .

Sophie: Bien dit ! Rien à ajouter.

Pépita: Ce que j’aime dans ce titre c’est d’affirmer clairement que les livres font grandir les enfants, que c’est une nourriture aussi essentielle à leur développement. Je suis un peu plus réservée sur le démonstratif : il sous entend que ceux là sont les meilleurs en délaissant les autres …mais en fait non, c’est trompeur car le contenu prouve le contraire. Une belle accroche donc pour un livre de référence et je te rejoins Sophie dans le fait qu’il faut l’avoir à portée de main.

Carole: Le titre est effectivement une invitation. En revanche, j’ai considéré le démonstratif « ces » comme parlant de « cette » littérature jeunesse au sens large. Comme une sorte de reconnaissance de l’importance, de la richesse, de la diversité de cette vraie littérature exigeante. Et les nombreux exemples donnés en sont l’expression, il me semble.

C’est une affirmation forte quand même ! Est-ce qu’elle parvient à convaincre, après tout, Joëlle Turin est une spécialiste des albums plus que des enfants, elle n’est pas éloignée du monde de l’enfance. Elle s’appuie sur quoi pour affirmer cela ?

Colette: Je ne savais pas que l’auteure n’était pas une spécialiste de l’enfance mais en tous cas, si elle n’a pas expérimenté les albums dont elle parle avec les enfants, elle est super forte pour dénicher ceux qui font mouche auprès du jeune public. Les albums dont elle parle sont quasiment devenus des « classiques » de la littérature jeunesse et pour en avoir lu pas mal à mes Petits-Pilotes, ce sont vraiment des livres qu’ils plébiscitent.

Sophie: Elle connait bien le développement de l’enfant, ses questionnements… et c’est ce qu’elle utilise pour thématiser son livre. Les jeux, la peur, les grandes questions philosophiques, le rapport à l’autre, les émotions, l’imagination : voilà autant de grands sujets qui sont abordés dans ce livre. On connaît (pas forcément d’ailleurs) l’importance de ces notions théoriques dans l’enfance, elle, elle rapporte ça aux livres, aux histoires qui s’en inspirent pour aider l’enfant à mieux les appréhender, mieux les comprendre.

Pépita : Oui elle parvient à convaincre car elle donne des exemples concrets de pratiques, des albums qui ont fait leurs preuves, qui sont devenus des classiques de par leur appropriation par des gens de terrain ( professionnels de la médiation du livre au sens large) et par les enfants eux-mêmes. Et parce que « lire c’est bon pour les bébés  » commence à faire son chemin grâce à des pionniers en la matière.

Carole : C’est par la pratique enseignante en maternelle que je l’ai trouvé ce livre, donc plutôt du côté petite enfance que littérature. Et me servant des albums notamment comme supports pédagogiques, les pratiques qu’elles proposent sont vraiment chouettes à explorer in situ.

Ah, très bien, donc une affirmation forte (à laquelle nous adhérons sans réserve sous l’arbre mais qui peut parfois étonner), qui est argumentée à la fois par la connaissance des albums et par l’expérience de terrain. C’est effectivement les deux piliers qui font la force de cet ouvrage.
Pépita soulignait que le titre suggère que tous les livres ne sont pas également porteurs pour les enfants (l’utilisation de « ces » plutôt que « les »), qu’en est- il dans le livre?

Colette: Dans le livre, tous les exemples analysés sont des albums très forts, très originaux qui ont marqué pour beaucoup l’histoire de l’édition jeunesse, tous les titres sont porteurs de sens aussi bien pour l’adulte que pour le petit qu’il accompagne.

Pépita : Dans le livre, on ressent tout le contraire : « ces » livres-là sont à prendre vraiment dans le sens d’incontournables car ils participent de facto au développement de l’enfant : le nourrir, l’interroger, le placer face à ses angoisses, lui apporter des réponses, lui permettre de revenir encore et encore tant qu’il n’aura pas terminé sa propre appropriation. Mais le plus de ce livre, c’est de permettre à l’adulte, néophyte ou pas d’ailleurs, peu importe, d’avoir des clés de lecture, voire des clés de questionnement et de se mettre à la portée de l’enfant. Et le must de ce livre est de démontrer que la littérature pour enfants est une littérature adaptée à leurs besoins et qu’il ne faut pas s’en priver.

En effet, si on n’y trouve pas de définition de ce qu’est un « bon livre », on y trouve quantités de livres qui sont bons et on découvre pourquoi ils le sont.
L’analyse du texte, de l’image, mais aussi de l’effet qu’il produit chez le jeune lecteur à qui il s’adresse est vraiment un axe parlant.

Il me semble qu’il y a aussi, en filigrane, une vision de l’enfance, très respectueuse, et de la façon dont il est bon d’apporter des livres aux bambins (en respectant leurs désirs). Vous avez aussi été sensibles à cet aspect- là?

Sophie : Oui c’est vrai, j’ai ressenti ça aussi, cette idée qu’il faut faire confiance à l’enfant, le laisser analyser son environnement et ses émotions, lui offrir son indépendance… Toutes ces choses qui peuvent être facilitées avec les livres.

Pépita : Oui complètement. Pas de côté moralisateur mais un côté  » je vous propose, à vous de disposer et de partager avec votre enfant ces livres qui ont fait leur preuves chez beaucoup d’entre eux, alors pourquoi pas le vôtre ? Essayez, vous verrez…

Colette : Absolument !!! Et une vision de la parentalité aussi peut-être. Je suis en pleine recherche sur ma manière d’être mère, comment sortir de la « violence éducative » larvée, comment se mettre à portée des enfants (les miens aussi bien que ceux que j’ai en face de moi chaque jour en classe d’ailleurs) et les exemples analysés par Joëlle Turin m’apportent des réponses. Les titres analysés dans le chapitre « venir au monde » par exemple correspondent vraiment à ce que j’ai pu vivre avec mon aîné quand nous avons parlé de la naissance, la sienne puis celle à venir de son frère : les livres cités sont des nids à eux seuls pour accueillir en douceur la parole de l’enfant.

Tiens, c’est amusant ce que tu dis Colette, je me suis fait la réflexion que dans la bibliothèque de mon quartier ce livre est classé dans les ouvrages théoriques sur la littérature jeunesse alors que moi je l’aurais mis dans ceux sur l’éducation.
Parce que après tout, la lecture et son importance, c’est des choses dont on devrait  parler davantage aux jeunes parents, parfois c’est d’un plus grand secours que des ouvrages sur le développement de l’enfant ou la « bonne façon » d’être parents.

Colette : Complètement d’accord : c’est pourquoi j’aime offrir aux jeunes parents de mon entourage des albums à partager avec leurs bébés ! Et depuis deux ans lors de notre première réunion parents-professeurs, j’offre aux parents qui se déplacent un recueil de 7 histoires pressées de Bernard Friot que je les invite à lire chaque soir de la semaine avec leur ado car je suis intiment convaincue que quand on lit, on lie !

Pépita : Exactement : dans « ma » bib, j’ai créé en jeunesse un fonds professionnels ( au sens large) avec trois thématiques larges elles aussi, et ce livre est dans « éveiller l’enfant  » et utiliser un verbe est beaucoup plus dynamique, cela incite à l’action.
Je vous rejoins à fond sur la parentalité qui est largement interrogée aujourd’hui.

Vous comme moi étiez déjà convaincues de l’importance de la lecture aux enfants, quand vous l’avez lu, est-ce que ce livre a été pour vous une motivation supplémentaire ? Est-ce que vous avez eu envie de découvrir des albums qu’elle cite que vous ne connaissiez pas?

Colette : Oh oui oui oui !!! Le tout petit invité d’Hélène Riff a l’air d’être une merveille aussi bien sur le fond que la forme. Je ne le connais pas du tout et j’ai très envie de le manipuler, de l’expérimenter, de le toucher ! Et puis il y a beaucoup d’albums que ce livre m’a invité à retourner voir, parce que des choses m’avaient sans doute échappé.

Pépita : Oui, d’une part en découvrir qu’on ne connaît pas et d’autre part approfondir les autres. Les albums ont cette faculté qu’ils interrogent en permanence. Par contre, c’est frustrant de lire des analyses d’albums comme celui que tu cites Colette, il est épuisé.

Sophie : En lisant ce livre, j’ai redécouvert autrement des titres que je connaissais et en effet, j’en ai découvert d’autres que j’aimerais maintenant lire. J’ai surtout eu envie de pousser ma réflexion plus loin sur certains titres. Je pense par exemple à l’album « Me voici » de Friedrich Karl Waechter qu’on avait déjà lu ici, et dont on avait fait une interprétation différente.

Pépita : Oui Sophie, je me suis faite la même réflexion.

Colette : Un titre que je ne connais pas, à découvrir !

C’est vrai que outre la découverte de nouveaux titres, on pose aussi sur les albums qu’on connait déjà un œil nouveau.
J’allais justement vous demander, pour conclure, si ce livre vous avait fait changer de regard sur un album ou fait évoluer votre façon de lire aux enfants.

Pépita : Mais sur plein d’albums ça fait changer le regard… Et c’est ça qui est bien de se remettre en cause. Sur la façon de lire non, on lit avec sa personnalité, sa voix, son corps… Je dirais que c’est plus intériorisé du coup… Par contre être plus dans l’observation pour certains albums sur la façon dont les enfants les perçoivent, oui. Et c’est magique !

Sophie : Comme Pépita, je ferais plus attention à ce qu’un album apporte particulièrement aux petits. Ce livre permet de faire un peu de rangement dans ses idées : savoir que la façon d’aborder un thème à telle ou telle signification dans le développement de l’enfant par exemple. Pour ce qui est de changer sa façon de lire, ça ne changera pas fondamentalement pour les mêmes raisons que ce qui a été dit.
Une chose est sûre, j’ai quelques lectures d’albums à prévoir et à mettre en parallèle avec le contenu de ce livre !

Colette : Ce livre n’a pas changé ma façon de lire aux enfants je pense car j’étais déjà convaincue de ce qui se joue dans la lecture d’albums mais il m’a terriblement donné envie de renouer avec l’analyse littéraire !!! J’ai eu envie en le refermant d’écrire des chroniques qui soient aussi précises, aussi sensibles à l’alliance du fond et de la forme, qui traite l’album jeunesse comme une œuvre d’art à part entière, riche de sens multiples.

Pépita : Oui et je trouve que c’est très difficile….Ce type de livre nous aide justement à prendre de la hauteur, mais à hauteur d’enfant. Et c’est déjà pas mal….

Carole : Idem, après ma première lecture, j’ai changé ma façon de proposer les albums en classe, et la disposition aussi. C’est aussi pour cette raison qu’il fait partie de mes « indispensables » toujours à portée de main. Et aujourd’hui que j’enseigne aux étrangers, je le reprends souvent. Il m’aide à remettre en question mes pratiques, ce qui dans le domaine de l’éducation, au sens large, me paraît si ce n’est nécessaire, vital, pour les élèves mais surtout pour moi. Ces livres qui nous font avancer, nous bousculent, nous questionnent, nous aident à grandir aussi, non ?

Effectivement, la lecture de cet essai est stimulante, on a envie de lire tous les albums proposés et plus encore de les lire à des enfants… A ce propos, Pépita soulignait que c’est parfois frustrant de lire les analyses d’albums épuisés. Je partage pleinement cet avis, la question des livres chers à nos cœurs qui sont actuellement indisponibles doit se poser, pourquoi pas à l’occasion d’un débat prochain à l’ombre du grand arbre ?